CHAP : UNE PEINTURE "METAREALISTE"
FIGURATION NARRATIVE ET ABSTRACTION (Symbolisme figuratif à tendance abstractive)


Dans le travail de CHAP se côtoient deux grands domaines :
Celui d'une certaine figuration narrative et celui de l'espace formel, de la composition structurale dont se nourrit ce qu'on appelle abstraction, qui n'est pas moins concrète que la figuration.

Réaliste ?
Ce n'est pas exactement le terme qui convient lorsqu'on observe la peinture de Christophe Heymann et ce n'est pas faux non plus. Il faut aller plus loin. Au-delà de la figure, en deçà plus précisément, s'arrêter tout d'abord sur ce qui habite la forme, sur ce que la couleur - noirs et blancs compris - génère, sur ce que la ligne enserre : un monde abstrait. Un monde de principes, d'idées, de caractères : la réalité filtrée par l'esprit et retransmise par l'art.
Bien-sûr on reconnaît visages, objets, animaux et tout ce qui peut faire cet univers qui nous est familier; mais c'est de l'ordre du symbole plutôt que du compte-rendu; de la semblance plus que de la vraie ressemblance. C'est en fait l'essence du figuratif.
C'est l'imagination dans son oeuvre première qui agit ici. Une imagination qui ne veut pas se perdre, ainsi se délimite-t-elle, dans l'enclos de lignes claires et maîtrisées.

Christophe Heymann traduit ce qu'il représente en une plus simple tournure.
Son sujet est traité par métaphrases colorées, plaisantes au regard et lisibles. Il nous permet d'accéder aisément à l'image de sa métaphysique, aux épisodes de son histoire. Mais il ne délaisse pas pour autant la richesse et la complexité qui l'habitent. L'ensemble de son travail artistique le montre : un ensemble fait de sous-ensembles, de lieux bien définis, eux-mêmes habilement structurés. C'est une oeuvre multiple où l'artiste se démultiplie, où, parallèlement, chaque partie avance, plus ou moins étroitement liée aux autres. Tout cela dans un grand souci de clarté, fidèle à la cohérence de son esprit, ainsi qu'à son profond respect de la vérité; vérité qui n'est pas monolithique.

Son système est un voile quasi transparent en mouvement constant.
Par ceci je veux dire que l'oeuvre de CHAP est habillée d'une même logique, d'efficacité, de générosité. Ce "voile" est perceptible mais change de forme, de texture dans chacune de ses productions. CHAP est constamment présent dans son oeuvre mais en retrait. Ce "voile" est un style en élaboration, il est ce que l'on pourrait nommer sa figuration, son réalisme. Un réalisme détourné, recomposé : une architecture qui lui est propre, une métaphysique primitive, une symbolique associative, une écriture en évolution, une narration prospective.
La géométrie de l'image est travaillée avec précision, regardée de près dans toutes ses dimensions. Chaque forme, chaque ligne procède d'une association avec les autres et cela propose différents étages de lecture. Toujours, ou presque, dans une volonté d'équilibre et de logique. Fantaisie contrôlée. Paradigme mélodique.

CH nous fait partager son exploration plastique, nous transmet chaque étape d'une recherche autant picturale que philosophique, avec un évident plaisir de créer et de nous le faire découvrir.

Sa peinture sublime le réel.
Le réel est au service de la peinture. Les formes sont accessoires mais non moins judicieuses: des figurantes pertinentes sans lesquelles la pièce s'abîmerait dans un universalisme trop abstrait; des riens qui font tout. Les détails sont ignorés au profit de l'objet peint, de l'évidence de sa présence. Mais cette présence l'est souvent moins, évidente : énigme d'un visage, par exemple, catalyseur de notre attention mais où couleurs, matières et formes donnent à voir bien d'autres choses que l'expression même. Il suffit de retourner certaines oeuvres pour s'en apercevoir plus clairement.

C'est sous le signe du paradoxe que s'éclaire le travail de CHAP.
Du paradoxe et de l'équilibre. L'apparence n'est pas futile et demeure légère. Le sens peut paraître clair mais il flirte avec le trouble et la complexité.

Christophe Heymann propose une peinture "métaréaliste". Il tire de la réalité ce qu'il considère comme essentiel, une structure simple et riche. Il en retient l'intensité pour redéfinir la nature où chaque élément est une clé, une donnée symbolique. La métaphore d'une aventure, d'une histoire à lire en soi et toujours imbriquée dans la trame générale de l'oeuvre. CH quand il peint se concentre sur le centre sans perdre de vue la circonférence.

Dans sa série de portraits "Sun Glasses" les yeux des modèles sont cachés par les écrans noirs et luisants des lunettes de soleil - un peu comme ceux des visages peints par Modigliani le sont par leur "absence" - ainsi l'artiste nous donne à voir des êtres et leur paraître, des individus et leur profondeur infinie;  là dans le vide de leur regard, ici dans le reflet de zones noires comme des lacs; et quand il fait légèrement glisser les lunettes, dévoilant un oeil vert -un oeil derrière " l'oeil-verre" - CH nous transmet, par le traitement pictural du visage-paysage, une sensation de vastitude et de voyage. Se laisser aller dans la contemplation de la peinture, tout en retenant ici ou là dans l'image morcelée les traces et références laissées par l'oeil et la main passionnés de l'artiste


David Heymann

Artiste – Peintre et Critique d’ Art